Africa Market Trends : des perturbations mondiales aux opportunités régionales
2 octobre 2026

Malgré les tensions géopolitiques et l’incertitude économique persistante, les volumes mondiaux transportés au premier semestre 2026 ont atteint 98,4 millions d’EVP, soit une hausse de 5,2 % en glissement annuel. Toutes les régions ont enregistré une croissance cumulée de leurs exportations par rapport au premier semestre 2025, à l’exception de l’Europe et, sans surprise, du sous-continent indien et du Moyen-Orient. L’Afrique subsaharienne a affiché la plus forte progression des importations, avec une croissance cumulée de 15 % au cours du premier semestre. Cette expansion a été soutenue par l’augmentation des flux de marchandises en provenance d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord. La tendance positive s’est encore accélérée en juillet, qui s’est révélé être un mois record pour le commerce mondial conteneurisé avec 17,3 millions d’EVP transportés dans le monde. L’Afrique subsaharienne a une nouvelle fois joué un rôle important dans le maintien de cette dynamique, les importations demeurant particulièrement soutenues et affichant une croissance cumulée de 14 %.
Cet optimisme se reflète également dans les stratégies de déploiement des armateurs. Les compagnies maritimes concentrent de plus en plus leurs capacités sur la liaison Asie–Afrique de l’Ouest, qui a gagné environ 347 500 EVP de capacité entre mai 2025 et mai 2026, soit une hausse substantielle de 34 % en glissement annuel. Cette route connaît une forte croissance portée par une grande diversité de marchandises, notamment les machines, les véhicules, l’électronique, les matériaux de construction, les produits de consommation et les intrants industriels. Ces évolutions témoignent d’une confiance croissante dans les marchés de consommation ouest-africains, tout en soulignant l’importance stratégique grandissante du continent au sein des réseaux mondiaux de transport maritime de ligne.
Le commerce conteneurisé poursuit sa croissance, mais le risque maritime au Moyen-Orient s’est étendu au-delà d’un seul point de passage. En septembre 2026, les Houthis ont progressé le long de la côte yéménite de la mer Rouge et renforcé leur position autour du détroit de Bab el-Mandeb, accentuant l’incertitude sur l’un des corridors maritimes les plus stratégiques au monde. Bien que plusieurs armateurs, dont Maersk, Hapag-Lloyd, MSC, CMA CGM et COSCO, aient progressivement rétabli certains services via le canal de Suez depuis l’été 2026, un retour complet aux schémas d’acheminement antérieurs à la crise ne s’est pas encore concrétisé. Par conséquent, de nombreux services Asie–Europe continuent d’être détournés par le cap de Bonne-Espérance, ce qui allonge les temps de transit tout en renforçant la pertinence stratégique des ports et des infrastructures maritimes d’Afrique australe.
Le marché du fret aérien présente une situation plus nuancée. En mai 2026, les compagnies aériennes africaines ont enregistré la plus forte croissance mondiale, avec une hausse de la demande de fret de 13,3 % en glissement annuel, tandis que les capacités n’ont progressé que de 1,3 %, entraînant l’une des plus fortes améliorations des coefficients de remplissage parmi toutes les régions. Sur la même période, les transporteurs du Moyen-Orient sont restés soumis à une forte pression, la demande de fret se contractant de 8,9 % en glissement annuel, sous l’effet des perturbations opérationnelles touchant les principaux hubs du Golfe et du recul de plusieurs corridors commerciaux liés au Moyen-Orient.
En juin, le marché a toutefois commencé à montrer des signes d’évolution. À mesure que les transporteurs du Golfe rétablissaient progressivement la connectivité via leurs hubs, le fret aérien du Moyen-Orient a renoué avec la croissance, la demande progressant de 5,6 % en glissement annuel. Dans le même temps, la croissance du fret africain a ralenti à +4,7 % en glissement annuel, indiquant une dissipation progressive de l’effet de report qui avait soutenu les volumes au printemps. Cette tendance s’est poursuivie en juillet : la croissance de la demande africaine a encore ralenti pour s’établir à +1,1 % en glissement annuel.
En effet, l’Afrique de l’Est a continué de s’imposer comme la principale porte d’entrée des exportations aériennes du continent. Selon l’African Airlines Association (AFRAA), il s’agissait de la seule sous-région africaine où les volumes d’exportation dépassaient les importations, grâce à d’importants flux sortants de denrées périssables et de produits horticoles. Cette base exportatrice structurelle contraste avec le reste du continent, où les flux entrants continuent de dominer. La vigueur de ces flux se reflète dans les performances d’Ethiopian Airlines Cargo, avec près de 897 000 tonnes traitées au cours de l’exercice 2025/2026 et une hausse de 16 % en glissement annuel.
À l’intérieur du continent, l’une des évolutions les plus marquantes de 2026 a été l’alignement croissant entre le développement des parcs industriels et les objectifs de la ZLECAf. Alors que les pays cherchent à renforcer les chaînes de valeur régionales et à accroître le commerce intra-africain, les plateformes logistiques et industrielles sont de plus en plus implantées le long des principaux corridors commerciaux, et non plus seulement à proximité des ports maritimes. Le projet de parc industriel de Mombasa illustre cette évolution vers des écosystèmes intégrés combinant capacités de production, d’entreposage et de distribution régionale.
Par ailleurs, le rail contribue au développement de ces zones industrielles en les reliant directement aux ports et terminaux intérieurs afin de fiabiliser les rotations et de désengorger les axes routiers. Le développement du port sec de Ferkessédougou en Côte d'Ivoire illustre cette logique d'intégration rail-industrie. Connectée au port d'Abidjan par le réseau ferroviaire, cette plateforme logistique multimodale vise à déconcentrer les flux portuaires, améliorer la fluidité des corridors et soutenir l'implantation d'activités industrielles dans le nord du pays.
Malgré ces avancées encourageantes, d’importants défis structurels subsistent. Dans une grande partie du continent, les infrastructures d’entreposage restent dominées par des installations informelles et des actifs anciens et vieillissants, ce qui engendre des inefficacités opérationnelles persistantes. Plus particulièrement, la pénurie d’entrepôts de catégorie A demeure une contrainte majeure sur de nombreux marchés africains, limitant la capacité du continent à tirer pleinement parti des opportunités commerciales attendues de la mise en œuvre de la ZLECAf et de l’expansion continue des chaînes d’approvisionnement régionales.