Au premier semestre 2025, l'Afrique affiche une performance remarquable, portée par une croissance généralisée des importations de fret maritime. L'Afrique subsaharienne se distingue particulièrement avec une hausse de 14 % depuis le début de l'année, stimulée par l'augmentation significative des volumes en provenance d'Asie et d'Amérique du Nord, qui progressent chacun de plus de 20 % selon Container Trade Statistics. La route Asie-Afrique reste la plus dynamique, portée par les exportations de biens manufacturés et d'équipements, suivie de l'Amérique du Nord-Afrique en forte progression, notamment sur les segments agroalimentaires et pharmaceutiques. La route Europe-Afrique, quant à elle, demeure stable mais pâtit des tensions géopolitiques et des coûts logistiques élevés. 

 

 

Le secteur aérien a connu une évolution plus contrastée. D'après l'IATA, le deuxième trimestre a été marqué par un recul significatif de la demande, avec une baisse annuelle de 13,4 % en mars, malgré une capacité en hausse de 10,5 %. Ce sont notamment les volumes liés à l’export vers les Etats-Unis qui ont diminué, conséquence de l'instauration de nouvelles taxes douanières. Cette tendance s'est poursuivie en mai avec une baisse de 2,1 %, affectée par la hausse des coûts énergétiques et les tensions géopolitiques. Toutefois, le mois de juillet a marqué un net rebond avec une croissance annuelle de 9,4 % de la demande, soit le meilleur résultat depuis août 2024. Cette reprise a été portée par la route Asie-Afrique (+12,1 % sur un an), stimulée par l'intensification des échanges commerciaux et la baisse du prix du kérosène (−9,1 % sur un an). 

 

 

Parallèlement, le transport terrestre gagne du terrain. En Afrique du Sud, le fret routier et ferroviaire s'impose face aux modes aérien et maritime, principalement en raison de la hausse des coûts et des inefficacités logistiques. En effet, Le coût du fret aérien peut être jusqu'à 5 fois plus élevé que celui du transport routier pour des distances équivalentes, tandis que les retards portuaires entraînent des délais de livraison de plus de 7 jours principalement en raison du réacheminement de la mer Rouge, contre 24 à 48 heures pour le routier.

 

Le rail bénéficie d'investissements massifs dans la modernisation des infrastructures. En août 2025, l'Afrique du Sud a annoncé l'ouverture de portions du réseau de Transnet aux entreprises privées, une réforme qui devrait permettre de transporter 20 millions de tonnes de fret supplémentaires par an dès 2026/2027. L'objectif est d'atteindre 250 millions de tonnes par an d'ici 2029, avec une augmentation potentielle de 10 millions de tonnes d'exportations de charbon.

 

 

Au Kenya, le secteur ferroviaire connaît également des avancées significatives avec le lancement en mars 2025 par KRC (Kenya Railways Corporation) d'une flotte de 16 wagons frigorifiques capables de transporter 32 conteneurs réfrigérés de 20 pieds entre Naivasha / Nairobi et le Port de Mombasa via la SGR (Standard Gauge Railway), renforçant ainsi la chaîne logistique des produits périssables. L'intermodalité port-rail se développe également, comme l'illustrent le lancement des travaux d'une liaison entre le Burundi et la Tanzanie ou le projet de chemin de fer Trans-Kalahari entre le Botswana et la Namibie. Les corridors routiers se renforcent grâce aux facilitations douanières promues par la ZLECAF : le Walvis Bay Corridor Group a enregistré près de 2,5 millions de tonnes de flux transfrontaliers, notamment stimulés par la production minière du Copperbelt.

 

 

Si ces investissements infrastructurels témoignent d'un dynamisme continental indéniable, ils se déploient dans un contexte commercial mondial en pleine mutation. Les nouvelles politiques tarifaires américaines annoncées en août 2025 viennent désormais fragiliser les équilibres commerciaux patiemment construits.  

 

L'Afrique du Sud, premier exportateur africain vers les États-Unis, est soumise au tarif le plus élevé (30 %), touchant les secteurs de l'automobile, de l'agriculture, du textile et du vin. Le pays redoute la perte de plus de 100 000 emplois selon le gouverneur de la Banque centrale, dont plus de 35 000 dans le seul secteur des agrumes. Les droits de douane frappent également les exportations de platine, d'or, de diamants et de minerais rares, vitaux pour des pays comme le Ghana, le Lesotho, la Namibie et Madagascar.  

 

Ce dernier voit ses exportations de vanille et de textile frappées par une taxe de 47 %, tandis que le Lesotho, spécialiste du denim, est soumis à un tarif record de 50 %. L'Île Maurice encaisse quant à elle 40 % sur ses produits manufacturés, alors même que certaines de ces matières premières sont indispensables à l'industrie américaine.

 

Face à cette situation, plusieurs pays ont engagé des négociations diplomatiques pour obtenir des exemptions, tandis que d'autres diversifient leurs marchés. Le Kenya, par exemple, renforce ses exportations horticoles vers l'Europe et le Moyen-Orient, grâce à des accords préférentiels avec les Émirats arabes unis et le Royaume-Uni.

 

Entre croissance soutenue et vulnérabilités persistantes, l'Afrique confirme son potentiel stratégique dans le commerce mondial, tout en rappelant que son avenir logistique se jouera autant sur ses infrastructures que sur sa capacité à naviguer dans un contexte géopolitique incertain.